Notre temps est venu, par Jo Verrent

Deux jambes dans une pataugeoire, et l’ombre d’une personne portant un chapeau reflétée dans la pataugeoire.

Le leadership prend plusieurs formes, et il ne ressemble plus seulement à un homme blanc autoritaire, si jamais ce fut le cas.

Il y a encore un grand besoin de diversité à travers nos programmes, sur nos scènes, dans les galeries d’art, dans nos réunions, dans nos rencontres sur Zoom. Chaque a ses enjeux et ses obstacles propres. Toutefois, nous avons tous besoin d’avoir une représentation de personnes handicapées qui est plus directe dans nos secteurs et nos écologies artistiques, mais nous savons également qu’il en faut plus pour faire preuve de leadership.

Cette pandémie nous a démontré qu’il existe bien d’autres domaines d’influence. Il y a les conseillers formels et informels; ceux qui dirigent par expertise sectorielle; ceux qui savent inspirer les communautés et faire connaître leurs demandes; le pouvoir de la manifestation, le pouvoir des médias sociaux, et ceux qui semblent exercer une influence simplement à cause de leur entourage.

Les personnes handicapées, dans les arts comme ailleurs, ont gagné du terrain dans tous ces domaines. L’Anglaise Lisette Auton nous rappelle que le monde en ligne n’est pas inclusif pour tous; l’Australienne Caroline Bowditch nous rappelle la résilience des personnes handicapées; la Singapourienne Lily Goh utilise sa chaîne YouTube afin d’assurer que les personnes sourdes aient accès à des informations pertinentes tout en enseignant une langue gestuelle; et les Canadiennes Ophira Calof, Kaileigh Krysztofiak et Dawn Jani Birley démontrent que le fait de trouver des solutions devrait être la norme. Au Royaume-Uni des artistes et leaders culturels handicapés se sont rassemblés sous la bannière du mot-clic #WeShallNotBeRemoved, afin de s’assurer que les voix des personnes handicapées soient entendues tandis que le pays se prépare à la « nouvelle norme ».

Étant donnée notre expérience, nous sommes des experts en adaptation, en restriction sociale et en accès en ligne – surtout à cause de l’inaccessibilité antérieure du monde – et nous avons pu mettre à l’œuvre ces connaissances et cette sagesse durement gagnées afin d’aider les autres et de remettre en cause ceux qui cherchent à rendre la « nouvelle norme » tout aussi inaccessible.

Le leadership est-il différent maintenant? La porte s’ouvre-t-elle plus facilement pour nous? Restera-t-elle ouverte ou faut-il s’efforcer de la garder ainsi?

Nous avons démontré que le leadership prend plusieurs formes. Il n’est pas nécessaire d’avoir une énergie infinie pour être un meneur. Ça ne doit pas nécessairement être un travail solitaire. Nous avons démontré que nos manières d’être dans le monde sont uniques et peuvent être perçues comme étant des avantages et non des désavantages, et peuvent offrir de nouvelles perspectives.

Il sera intéressant de voir les choses qui demeureront après cette pandémie. Tandis que tout le monde est en isolement, je suis plus égale. Ma fatigue, exacerbée par mes déplacements habituels, est moins marquée lorsque je suis à la maison. Et, grâce au sous-titrage, je peux assister et suivre toutes ces rencontres Zoom et Teams et contribuer à la conversation. Je peux également aller m’asseoir dans ma verrière et mettre mes pieds dans une pataugeoire s’ils se mettent à enfler.

L’égalité de ces espaces et le caractère urgent de notre époque m’ont probablement rendue plus audacieuse, plus encline à dire ce que je pense. Peut-être est-ce également un produit de mon expérience vécue?

Le fait d’être considérée par le gouvernement anglais comme étant parmi les personnes plus vulnérables signifie qu’il me faut anticiper des changements majeurs dans toute évaluation de risques à caractère professionnelle – qu’arrivera-t-il si je tombe malade ou très malade, ou si je meurs? En théorie, c’est horrible d’avoir à penser et à ce genre de chose, mais en pratique je trouve que cet exercice d’évaluation est enrichissant et a même renforcé ma confiance. Je crois que cela va me permettre d’imaginer des possibilités encore plus hasardeuses plus facilement à l’avenir, et d’être encore plus prête à imaginer l’inimaginable.

De plus en plus de personnes handicapées sont invitées à se joindre à diverses réunions afin de parler de l’avenir – même si les personnes handicapées en question sont les mêmes que d’habitude et qu’il ne s’agit pas de rencontres décisionnelles. Je suis également consciente que la réouverture de plusieurs pays se fait au nom du commerce, et non de la science. J’en avais assez d’attendre qu’on me demande mon opinion, alors j’ai élaboré mon propre manifeste.

Nous sommes au premier plan maintenant, la parole est à nous. Il faut se rallier afin d’être entendus et de faire connaître nos opinions. Nous sommes là, chez nous, dans nos pays respectifs, et nous attendons de connaître la suite des choses. Mais nous pouvons agir, nous n’avons plus à être passifs. Nous pouvons nous battre, exercer notre influence et faire tout ce qu’il faut afin de s’assurer – comme le dit l’Alliance internationale pour les personnes handicapées – que nous allions de l’avant sans que quiconque soit laissé pour compte.

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