Dolly Sen

À la fin du mois d’avril, j’ai eu la chance d’explorer l’esprit brillant de Dolly Sen et de savoir où elle en était avec sa pensée Sync à l’ère de la COVID-19. J’ai découvert que Dolly était toujours aussi subversive, quoiqu’un peu plus tranquille, plus douce, plus contenue dans son isolation en bord de mer, en attente du bon moment.

Portrait photographique d’une femme nous regardant directement, les bras pliés devant elle.
Dolly Sen près de la mer en 2020

Dans le cadre d’une mise à jour du site de Sync Leadership en mai 2020, j’étais à la recherche de perspectives en matière de leadership de la part d’anciennes participant·e·s handicapé·e·s et sourd·e·s de Sync , et Dolly m’est apparue comme étant un choix évident.

J’avais déjà interviewé Dolly il y a plusieurs années alors qu’elle faisait partie de Sync Leadership au Royaume-Uni, et j’étais maintenant curieuse de savoir comment le côté subversif de cette artiste, activiste, commissaire et cinéaste servait à guider sa vie et sa pratique. Je voulais savoir si elle avait changé quoi que ce soit dans sa manière de travailler et de se battre pour de justes causes. 

Elle est certainement centrée davantage sur sa pratique artistique, et a récemment été commissaire d’une exposition collective à la Bethlem Gallery.

Nous entamons notre conversation en parlant d’un moment de grâce offert par Homer Simpson, un philosophe sous-estimé selon mon interlocutrice : Lisa Simpson explique à son père qu’en chinois, les mêmes caractères sont utilisés pour les mots « crise » et « opportunité », et Homer lui répond en créant le néologisme « crisortunité ». Les défis que pose cette pandémie sont indéniables, mais la situation est également la « crisortunité » parfaite selon Dolly. « La population constate enfin à quel point les systèmes de santé et d’aide sociale ont été décimés, » dit-elle.

Elle maintient qu’il est pressant de battre le fer qu’est la pandémie de COVID-19 tandis qu’il est chaud. « Je suis capable de rejoindre encore plus de gens en ce moment car ils constatent enfin la situation avec leurs propres yeux, ça ne tient plus de l’abstraction pour eux. La situation normale était déjà intenable. Je commence à voir comment je peux utiliser ces temps difficiles afin d’améliorer les choses. »

Dolly à la Wellcome Collection, 2020

Elle me rappelle qu’elle n’a jamais vraiment eu de stratégie ou d’approche particulière; elle utilise plutôt son pouvoir d’intention et attend le bon moment afin de laisser ses idées émerger.

Parmi tout ce bruit numérique dans lequel nous baignons tous actuellement, c’est justement à travers les médias sociaux qu’elle transmet ses idées et ses œuvres d’art à présent.

Depuis le début de la pandémie, elle partage de faux trucs et astuces humoristiques pour le confinement actuel. « Si on arrive à en rire, la situation perd de sa force obscure. » Sa production est hébergée par le site Web bien connu Disability Arts Online.

L’arrivée de son chien Scamp lui donne encore d’autres moyens de rejoindre de nouveaux publics. Dolly a toujours eu une passion pour les moutons, qu’elle partage autant dans le cadre de son travail que dans son quotidien; mais maintenant, avec sa présence accrue sur les médias sociaux et Scamp à ses côtés, il arrive que des gens l’approchent d’abord pour lui parler de son chien et qu’elle parvienne de fil en aiguille à obtenir des commandes majeures. Toutefois, celles-ci demeurent en suspens en ce moment, comme bien d’autres choses.

A picture of a red plastic charity tin saying 'Help the Normals' and 2 boxes of Dignity pills that say "Dignity cannot be taken 4 times a day" The credit in the photo says Dolly' Sen's '"Dignity" is shown (Courtesy of the Wellcome Collection).
L’œuvre Dignity par Dolly Sen comprend une boîte de pilules où l’on peut lire « La dignité ne doit pas être prise 4 fois par jour. » (Image fournie par la Wellcome Collection)

Dolly m’a avoué qu’elle se sent étrangement calme et confiante malgré l’ampleur de la crise de COVID-19 et les pertes énormes qu’elle entraîne. Elle a dit que ce calme vient probablement du fait qu’elle a passé toute sa vie à survivre à toutes sortes de discrimination et à une santé mentale variable. Son expérience l’a-t-elle rendue plus réaliste et forte face aux événements extrêmes?


Pour ma part, en tant que cocréatrice de Sync, cela me démontre l’importance de nos expériences de résilience face au désastre. Cela souligne également à quel point nous aurons besoin de leadership en tant que société une fois que cette pandémie s’estompera. Pour plusieurs d’entre nous, c’est toute une vie d’événements restrictifs et extrêmes qui nous a poussé·e·s à devoir être solides face à l’adversité. Il faut maintenant se demander où et comment investir ce leadership des personnes handicapées, alors que plusieurs d’entre nous vont devoir demeurer en confinement encore longtemps.

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